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Point de vue non-notoire sur Wikimedia, l'informatique, la vie et le rugby

Archives de la catégorie “Wikipédia”

Wikipedia Zero, neutralité du net et pragmatisme

La Wikimedia Foundation vient de lancer une pétition pour soutenir Wikipedia Zero, c’est-à-dire l’accès à Wikipédia gratuitement sur mobile. Ce projet a essentiellement du sens dans les pays les moins « développés » d’Afrique et d’Asie.

Ce projet est né à la base d’une pétition de lycéens du lycée Sinenjongo, du township Joe Slovo Park, en Afrique du Sud, pour qui l’accès à l’éducation est un besoin vital et où Wikipédia joue un rôle prépondérant pour répondre à ce besoin.

Malgré la réponse noyage de poisson du Board de la Foundation, il est clair que Wikipedia Zero va à l’encontre des principes de la neutralité du net.

D’un côté, j’ai envie d’être de l’avis de principe d’Access et de dire qu’il ne faudrait du coup pas faire ce projet. Je suis en partie persuadée qu’il est dangereux que Wikipedia soit la seule source de connaissance disponible et qu’il existe d’énormes problèmes structurels qui font que les données internet et l’éducation soient si peu accessibles dans certaines parties du monde.

De l’autre, même si je suis d’accord que rendre Wikipedia gratuite rend par contre-coup les autres données plus chères et retarde l’arrivée d’un véritable internet accessible à tous, je m’interroge tout de même sur la mesure de son influence. Car, Wikipedia Zero ou pas, cet internet idéal n’est pas pour demain. Et Wikipédia Zéro répond à des besoins réels et urgents.

Sans étudier l’impact quantitatif concret, on reste sur des positions de principe qui peuvent faire plus de mal que de bien. Entre dix ans avant l’internet ouvert sans rien, et l’attendre onze ans avec Wikipedia Zero, je choisis Wikipedia Zero. S’il s’agit d’attendre cinq ans plutôt qu’un, ma position change.

Et surtout, l’essentiel : ce n’est pas à moi de faire ce choix, ce sont aux personnes dont les vies sont réellement en jeu de se prononcer. Et malheureusement, elles deviennent de moins en moins audibles dans ce débat qu’elles ont pourtant initié.

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Le Wiki, les femmes et les musées

Le musée est l’endroit idéal pour examiner comment lutter contre la sous-représentation des femmes sur les projets Wikimédia.

Le musée (ici, le Center of Israeli Art) partage les pages qu’il écrit sur les artistes présents dans ses collections, pour qu’ensuite cet article soit modifié par la communauté wikipédienne ainsi que l’artiste lui ou elle-même. L’article wikipédia est ensuite en partie repris sur le site web du musée. Cela est surtout vrai pour les pages en anglais, parce que c’est une langue qui est peu maîtrisée par les personnels du musée. Des articles ont aussi été traduits en sept langues, notamment le russe et le chinois. Ce projet a notamment nécessité un Wikipédien en Résidence pendant deux mois.

La grande différence entre le site officiel du musée et Wikipédia est que le site du musée est beaucoup plus lourd à mettre à jour (besoin de faire un filtrage des mails signalant les mises à jour à faire).

L’un des gros challenges a été la procédure légale pour avoir des photos libres d’oeuvres d’artistes encore en vie ou encore de trouver des caractères unicode adaptés au mandarin, mais globalement l’institution est très contente du partenariat.

Neutralité et encyclopédisme

Mercredi, c’était blackout de Wiki. Nous avions donc tous perdu 30 points de QI. Cela a été l’occasion d’un débat de haut-vol foire au troll de la communauté francophone de Wikipédia[1].

A cette occasion, j’ai dit deux choses sur Twitter, qui on à mon avis été mal comprises. La première, comme le relève LittleTony87, c’est que, pour moi, contribuer à Wikipédia est un acte politique en lui-même, donc non-neutre. La seconde, relevée par Pierrot, est que la neutralité n’est qu’un moyen d’écrire une encyclopédie.

La contribution sur Wikipédia est un acte politique

Contribuer sur Wikipédia, c’est affirmer que tout le monde devrait avoir accès à la culture, que tout le monde peut la partager, que les licences libres, l’économie du don et le travail collaboratif sont viables. Cela a l’air d’être aussi engagé que « la guerre, c’est méchant » ou « le chômage, je suis contre ». Ce n’est pas le cas. Affirmer que tout le monde devrait avoir accès à la culture, c’est en contradiction avec les musées faisant payer 15 euros leur entrée et interdisent les photos. Affirmer que tout le monde peut transmettre la culture, c’est être en opposition avec les positions d’une Alithia ou de nombreux journalistes et intellectuels en France qui s’affirment « contre Wikipédia ». Soutenir que les licences libres et l’économie du don sont viables, c’est être dans un modèle de production de contenu totalement à l’opposé de ce qui est défendu par industries culturelles. Bien sûr, cela ne signifie pas que tous les wikipédiens doivent être pour les licences libres tout le temps, pour les musées gratuits pour tous, pour l’économie du don généralisé. Mais, la position wikipédienne s’insère dans des débats plus globaux et elle n’est pas neutre, ni même forcément consensuelle.

Oui, cette vision politique dépasse le clivage gauche/droite, mais c’est aussi le cas de l’écologie, et pourtant planter des graines est aussi un acte politique.

La neutralité de point de vue est un moyen pour écrire une encyclopédie

J’avais dit, sur Twitter, que la neutralité de point de vue était un moyen d’écrire une encyclopédie. Je m’étais exprimée de manière peu claire, aussi vais-je détailler ici ce que je voulais dire. La neutralité de point de vue, c’est présenter tous les aspects d’un problème, en attribuant chaque point de vue à celui qui le porte. Une encyclopédie, c’est la somme du savoirencyclopédique[2] humain. Je ne conçois pas qu’on puisse faire la somme du savoir humain en oubliant des points de vue : ce serait du savoir manquant; de même, l’attribution d’une position donnée est un savoir en tant que tel.

Au final, je ne vois pas le rapport entre « neutralité de point de vue » et « neutralité politique », à part que ça commence pareil[3]. En revanche, je conçois tout à fait que l’on trouve que Wikipédia n’est pas le lieu pour faire du lobbying politique contre une loi donnée, même si je ne suis pas de cet avis.

[1] Je m’inclus évidemment dans les trolls
[2] Je ne définis pas volontairement « savoir encyclopédique ».
[3] Faut-il râler parce que Wikipédia n’est pas entièrement en gris ou pas à pH 7 ?

Les plaisirs de l’édition sur Wikipédia

On parle beaucoup en ce moment des hordes de Wikipédiens affolés quittant le projet pour aller sous d’autres cieux plus web 3.14 S.E.O. comepaïlanteux. Etant une geek de (presque) 26 ans, je vais tenter d’expliquer non pas les limites et les problèmes de Wikipédia, mais ce qui, globalement, est plaisant et/ou efficace.

Une typographie parfaite sans effort

Je trouve toujours agréable de faire en sorte qu’un article ait des références bien présentées. Voir des {{lien web|titre=Machin|auteur=Truc|url=meuh.mh}} se transformer en référence à la typographie parfaite, avec lien direct vers l’article sur l’auteur pour savoir qui se cache derrière l’information est un grand plaisir pour moi. Je suppose que pour des petits nouveaux, toutes ces accolades soient effrayantes, mais je pense qu’une pop-up avec juste les champs à remplir aurait ce même effet magique.

Partager mes connaissances, ou plutôt, transmettre celles des autres

L’un de mes grands plaisirs de traductrice, c’est de me dire que je rends une partie de la culture beaucoup plus accessible aux francophones qui ne sont pas à l’aise avec l’anglais. Pour rester sur le sujet du lesbianisme, je sais que j’ai rendu l’histoire des lesbiennes accessibles pour toutes les femmes et jeunes filles, y compris celles qui n’ont pas de librairie spécialisée à portée ou le courage d’y entrer. Dommage que, pour une fois, l’article de Wikipédia soit plutôt mal placé dans les résultats de Google.

Trouver et entretenir une communauté

L’une des bonnes surprises que m’a amené Wikipédia, c’est de constater que les fans de Buffy n’étaient pas tous des adolescentes, mais aussi des hommes de plus de trente ans ou qu’il y avait d’autres toulousains à contributer sur le rugby (quoique-là la surprise soit plus faible). J’aime savoir que mon travail de traduction va ensuite être repris par une autre personne, enrichi des sources manquantes, illustré… Ce qui ne signifie absolument pas, pour moi, que Wikipédia soit un réseau social. C’est plaisant de savoir que son travail vit, et que même si on ne participe pas ou peu pendant un temps, Wikipédia continue à avancer.

Je pense qu’ainsi, pour encourager les petits nouveaux à nous rejoindre et les anciens à rester, il faut veiller à préserver et entretenir tous ces « petits plaisirs simples du Wikipédien ».

Comment accueillir les nouveaux sur Wikipédia ?

Il semblerait que le problème du moment, sur Wikipédia, soit l’accueil des nouveaux contributeurs. Je pense que le problème est que nous oublions trop facilement, les anciens, à quel point Wikipédia est complexe à prendre en main. Je pense aussi que nous avons trop tendance à confondre IP, vandales, nouveaux et jeunes.

Gestion des vandalismes

Gérer les vandalismes est une activité certes nécessaire, mais qui a tendance à donner une image biaisée de l’encyclopédie : on se retrouve avec un petit groupe de gentils (les patrouilleurs + Salebot) protégeant un sanctuaire (Wikipédia) contre les attaques des méchants (les nouveaux/les IP) qu’il faut annihiler (bloquer indéfiniment) et dont il faut défaire le plus vite possible les méfaits (révoquer). Dans le patrouillage, l’interaction humaine est réduite au minimum afin d’être le plus efficace possible. A force de craindre de laisser passer un spam, on révoque les ajouts de liens externes pertinents, ou les ajouts d’un webmestre d’un site de vulgarisation qui pourrait très bien devenir un bon contributeur.

Pour éviter cela, je pense qu’il est important de passer du temps à voir les personnes agir qui améliorent l’encyclopédie, même si elles le font de manière un peu gauche.

Gestion des bonnes volontés

J’ai l’impression que nous, anciens de Wikipédia, ne passons pas assez de temps à dire aux contributeurs que ce qu’ils font est bien. En tant que communauté, nous avons mis des années à intégrer des sources dans les articles et autant à intégrer des sources précises (numéro de page précis d’un livre cité par exemple, ou application du principe une idée = une source pour la supporter). Comment une personne nouvellement arrivée pourrait-elle maîtriser ça d’entrée de jeu ? C’est pour cela que, lorsque je vois un ajout mal/peu sourcé, je commence par remercier la personne de consacrer un peu de son temps et son énergie à l’amélioration de l’encyclopédie, puis lui indique que ce serait encore mieux si les sources étaient parfaitement précisées. Certains y arrivent, d’autres pas et il « faut » donc repasser derrière eux à chaque ajout. Et alors ? Sur Commons, je passe pas mal de temps à recatégoriser des photos prises par d’autres qui n’ont pas les compétences en langue / la compréhension « globale » pour bien le faire. Mes propres photos se font aussi recatégoriser et tant mieux.

Nous progressons en tant que communauté dans notre compréhension de ce qu’est un bon article : accessibilité, sourçage, illustration, rigueur, neutralité de point de vue, exhaustivité, etc. Nous ne sommes pas des savants devant accueillir une horde de barbares, nous sommes une communauté ayant X années d’apprentissage derrière elle accueillant de personnes commençant à peine à apprendre. J’ai été élue administratrice, ai participé à la rédaction de plusieurs bons articles, mais ce dont je suis le plus fière, c’est d’avoir accueilli un petit nouveau.

Premiers pas sur le Wiktionnaire

Si on reproche à Wikipédia sa difficulté d’édition, en invoquant parfois les nombreux modèles, alors on ne devrait jamais aller voir du côté du Wiktionnaire. En pleine lecture, je tombe sur le mot perspicuïté. Je tombe sur la définition de sensagent, qui cite le Littré de 1880. Comme Poulpy a l‘art de vendre l’édition sur le Wiktionnaire, je me suis dit que je devais profiter de l’occasion pour créer mon premier article sur le dictionnaire libre !

Je commence par créer l’article et voit apparaître des modèles plus barbares les uns que les autres. Je commence par chercher comment mettre en page les sources : ne trouvant pas sur l’index de la page d’aide du Wiktionnaire, je lance la recherche « Le Littré » sur les pages d’aide uniquement. Je trouve donc le modèle pour inclure le Littré en source, plus une version du dictionnaire en ligne avec donc la source originelle; que je recopie entièrement dans l’article.

Etant une geek sans vraie culture TM, je ne comprends pas tout de suite ce que signifient « DESC. Rép. aux trois. object. 69. », « CALV. Instit. 456. » et « MONT. I, 192. » dans les citations (et c’est en rédigeant ce billet que je me rends compte qu’en passant le curseur dessus, on obtient la réponse). Je suppose qu’il s’agit d’auteur très connus pour « n’importe qui » à la fin du XIXème siècle et devine qu’il s’agit de Descartes, Calvin et Montaigne. Je vais donc sur l’article Wikipédia de Descartes pour deviner ce que sont les « rép aux trois object » : je lance la recherche « aux trois » sur la page, sans succès; « object » me fait arriver sur la phrase « En 1641, il répond aux objections de Hobbes contre ses Méditations métaphysiques, publiées en latin, et doit subir les premiers feux d’une longue controverse », et je me décide donc à chercher sur Wikisource les Méditations métaphysiques, qui commencent bien sûr à la quatrième objection. Je clique donc sur source et voit donc que les troisièmes objections manquent : je décide donc, dans la citation, de lier le nom de l’auteur à son article sur Wikipédia, le nom de l’oeuvre au livre sur Wikisource et le nom du chapitre à la page actuellement vide. Je répète le processus pour Calvin, mais lie Institution de la religion chrétienne, à son article Wikipédia vu qu’il n’est pas sur Wikisource et le chapitre sur l’Institution des Enfans des Essais de Montaigne directement sur le chapitre correspondant. Ayant lancé « perspicuité » sur Wikisource, je rajoute aussi une citation issue de l’encyclopédie de Diderot.

Pour savoir comment mettre en page l’étymologie, je regarde l‘entrée pomme du Wiktionnaire. Sauf que je ne connais pas le code du provençal : dans ma recherche, j’apprends qu’il est confondu avec l’occitan, de code oc.

Je vais enfin me présenter sur la page communautaire, en demandant à ce qu’on corrige mes erreurs de débutante afin de m’aider à progresser. Bilan : mauvais présentation de l’étymologie latine, absence de la prononciation en français et en belge (mais je ne maîtrise pas l’alphabet phonétique international), présence de trois définitions alors qu’une seule suffisait, regroupement de toutes les citations en une seule, mauvais modèle pour citer le Littré, suppression de la mention de l’Encyclopédie de Diderot et ajout d’un modèle pour les citations. Pas mal vu le temps consacré et mon expérience sur Wikipédia 🙂

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