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Point de vue non-notoire sur Wikimedia, l'informatique, la vie et le rugby

Archives du tag “domaine public”

La propriété intellectuelle n’a pas de fondement moral

Souvent, lors des débats sur la propriété intellectuelle, notamment en rapport avec SOPA, HADOPI, la durée du droit d’auteur ou la liberté de panorama, apparaît l’argument :

Les artistes méritent d’être rémunérés dès que quelqu’un génère de l’argent grâce à leur travail.

Cet argument moral, s’il semble évident, ne l’est absolument pas. Il suffit de le transposer à d’autres domaines pour que son absurdité apparaisse. En effet, il faudrait alors payer une redevance :

  • à Canon dès qu’on vend une photo réalisée avec l’un de leur appareil ou objectif;
  • aux ayants-droits d’Einstein dès qu’on utilise de l’électricité produite par le nucléaire;
  • à notre école primaire dès que nous appliquons la règle de l’auxilliaire avoir placé devant le verbe.

La propriété intellectuelle, en réalité, n’a qu’un fondement économique. Elle est une réponse au problème des communs : la création (artistique et scientifique) est une bonne chose qui profite à l’ensemble de la société, société qui pourra ensuite l’améliorer, diffuser, transformer. Or, son coût est supporté par peu de personnes. L’idée est donc, pour résoudre ce problème, d’accorder aux créateurs un monopole d’exploitation de leur création pour une durée limitée. Plus cette durée est courte, plus on encourage la récupération/amélioration/diffusion de la création; plus elle est longue, moins on a de risque que la création ne se fasse pas faute de retour sur investissement suffisant.

Ce monopole n’a rien de naturel, il a besoin d’être protégé et maintenu par la société. Autrement dit, il a un coût, notamment en terme d’occupation de la justice et des forces de l’ordre. Ce coût, évidemment, croit avec la durée de la protection. Etant donné tout cela, est-ce qu’il existe une durée de protection optimale, au sens ou la création est maximisée, via un équilibre entre « liberté de re-création » et « retour sur investissement »? Oui, et celle-ci est de 14 ans après la publication de l’oeuvre. Loin, très loin des 70 ans après la mort ou 95 ans après la publication qui existent actuellement.

SitaCriesARiver

Rien ne dit en plus que ce monopole n’est la manière la plus efficace de soutenir la création. La créatrice Nina Paley a par exemple réalisé le film Sita Sings the Blues dont vous pouvez voir une capture d’écran au-dessus, par un pré-financement et l’a ensuite publié sous licence libre. Enfin, pas tout à fait, car elle a utilisé pour sa bande son des musiques… qui viennent de sortir du domaine public. Cela a tellement bien marché qu’elle se lance dans un nouveau projet, Seder Masochist, financé de la même manière.

Voila pourquoi nous sommes de plus en plus à vouloir passer à l’offensive. Nous en avons marre qu’un monopole pensé à l’origine comme une rustine sur un problème bien réel se pare de la toge immaculée du mérite.

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Comment Commons modifie ma perception de la culture

J’ai récemment plaisanté que, pendant la planification de mon séjour à Barcelone, je regardais quelles étaient les catégories peu fournies de Commons pour orienter ma visite. Mais derrière cette boutade, il y a quand même le fait que, depuis que je contribue aux projets Wikimédia, la manière dont je perçois la culture a changé.

Par exemple, contribuer à Commons m’a amenée à m’intéresser à la notion de collections d’un musée : comment catégoriser une oeuvre prise en photo dans un musée A alors qu’elle s’y trouve car prêtée par un musée B ?

Mais l’expérience la plus marquante a été ma visite de l’exposition de photographies Brangulí, Barcelona 1909-1945 au centre de culture contemporaine de Barcelone. Si j’ai été impressionnée par le rendu des photographies, inspirée par les cadrages et intéressée par les témoignages historiques, ce que j’en ai surtout retenu, c’est que cette très grande collection de photographies seraient bien plus mises en valeur en étant incorporée dans une médiathèque d’images où elles seraient mises en regard avec des photos actuelles des rues de Barcelone, catégorisées suivant ce qu’elles représentent, mises en relation avec des articles encyclopédique sur tel métier ou tel évènement… Bref, si elles étaient incorporées à Commons.

L’avantage, c’est que Brangulí étant mort en 1945, l’ensemble de ses photographies seront bientôt dans le domaine public et que nous avons déjà l’expérience de fonds photographiques mis en masse sur Commons. Mais combien de temps avant que des photographies de la période 1950-2000, soit trop récentes pour être dans le domaine public mais trop anciennes pour être mises dès leur création sous CC-By-SA ou lience compatible, ne bénéficient de la formidable exposition de Commons ?

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